Aux Battantes, aux Battants.

Vous avez entendu des mots que vous espériez ne jamais entendre.

Ce fut l’inconcevable, l’inacceptable. 

Vous avez peut-être refusé d’y croire, vous avez espéré, vous avez attendu d’autres phrases. 

Et puis, il a bien fallu vous rendre à l’évidence. Vos repères ont vacillé. Le temps s’est interrompu. Les années sont devenues des mois, les mois des semaines, les semaines des jours. Des jours que vous avez vécus un à la fois, dans la peur, dans l’angoisse, dans la terreur.  

Vous avez sans doute détesté celui qui maugréait sur une maladie anodine, vous avez fui celle qui se lamentait sur la panne de sa voiture, vous n’avez plus supporté les plaintes dérisoires ni les rancœurs futiles. Vous, vous aimiez la vie. Vous écoutiez le chant du pinson au lever du jour, vous guettiez les nuances d’une ancolie au printemps, vous savouriez les cerises de juillet, vous vous laissiez séduire par la magie de la première neige. Et, subitement, vous découvriez, vous ressentiez au plus profond de vous combien étaient précieuses toutes ces délicatesses dont vous ne profiteriez peut-être plus. 

Vos projets sont devenus rêves, les toujours sont devenus peut-être, le futur est devenu conditionnel.

Vous avez pensé à celui qui ne s’était pas relevé, à celle qui avait perdu le combat. Parce que quelquefois l’ennemi est trop fort, trop puissant, trop insidieux, l’ennemi se faufile là où on ne l’attend pas, s’insinue dans des sentiers où il s’incruste et dont il ne déloge pas. 

Mais vous aviez envie de vivre. Une envie irrépressible, une envie inextinguible, une envie plus forte que la peur. Alors, minute après minute, heure après heure, jour après jour, vous avez rassemblé ce qu’il vous restait de force, de confiance, de courage. 

Vous avez bravé la maladie, la douleur, la fatigue. 

Vous avez affronté hôpitaux, traitements, thérapies. Avec toute votre énergie, tout votre courage. Ou, parfois, avec si peu d’énergie et de courage, mais vous luttiez quand même. Vous avez refusé de n’être que maladie, que faiblesse, que lassitude. Vous avez écrit, vous avez parlé, vous avez chanté peut-être. 

Vous avez appris à vivre le moment présent, vous avez mis en priorité les rencontres, l’amitié, la tendresse.   

La conscience de la fragilité vous a fait savourer chaque seconde de chaque journée. 

Et aujourd’hui, vous êtes là. 

Vous respirez, vous vivez, vous aimez. 

Avec vos souffrances et vos espoirs. Avec vos cicatrices et vos victoires. Avec votre persévérance et votre force. 

Vous êtes là, battantes et battants, amoureuses et amoureux de la vie. Dans l’intensité d’un instant que personne ne vous enlèvera.     

 

Marie-Bernadette Mars. Waremme, 10 septembre 2022. Relais pour la vie. 

 

On vous appelle les Battantes, les Battants.

Parce que, quand la maladie a fait l’assaut de votre corps, quand vous avez senti tout vaciller, vous avez saisi ce qu’il vous restait de confiance, de détermination, d’amour de la vie pour vous lever et pour résister. 

Parce que, chaque fois que vous entriez dans un hôpital comme dans un monde parallèle, vous gardiez au fond de vous l’espoir du jour où vous en sortiriez pour ne plus y revenir.

Parce que, quand vous appreniez que quelqu’un avait perdu le combat, vous pleuriez mais songiez à ses mots, à son envie de vivre, à tout ce qu’il lui aurait été tellement agréable d’accomplir, et vous vous battiez aussi pour qu’on ne l’oublie pas.  

Parce que vous n’avez pas laissé la tristesse triompher, vous n’avez pas laissé les plaintes sourdre, mais vous les avez repoussées, combattues, écartées, écrasées. 

Parce que, dans le ciel sombre qui était votre première image le matin, quand vous émergiez du sommeil, vous avez scruté une éclaircie.

Et parce que, dans le soir qui tombait, vous avez pensé au lendemain qui serait peut-être plus clément. 

Parce que vous n’avez pas mentionné les personnes qui se sont écartées de vous, celles qui ont eu peur de la maladie, celles qui ont été maladroites, mais vous avez évoqué mille gestes inattendus, mille gestes de délicatesse, mille gestes inventés.

Parce que vous n’avez pas retenu les noms de ceux et celles qui n’ont pas trouvé les mots justes, les mots que vous auriez aimé entendre, mais vous nous avez parlé des inconnues qui étaient devenues des copines, des copines qui étaient devenues des amies, des amies qui étaient devenues des sœurs. Vous nous avez dit que l’amitié et la tendresse avaient grandi. 

Parce que, dans la morosité de la maladie, ou peut-être à cause de la morosité de la maladie, vous avez cueilli chaque instant que la vie vous offrait, vous avez admiré la jonquille printanière, vous avez souri au rire d’un enfant, vous avez vibré aux notes d’une mélodie, vous avez dégusté les premières framboises.

Parce que, malgré la crainte, malgré la douleur, malgré la fatigue, malgré la solitude, semaine après semaine, jour après jour, vous avez cherché à rendre plus dense chaque heure, vous avez contemplé le monde avec un nouveau regard.

Parce que, cette saveur de l’existence que vous nous offrez, c’est la fragilité devenue intensité.     

 

Marie-Bernadette Mars. Waremme, 10 septembre 2023. Relais pour la vie. 

 

 

Marie-Bernadette Mars

marsbernadette@hotmail.com